MANDANDA-TSONGA: LA RENCONTRE
mardi 2 mars 2010
Autour d’un repas dans le salon des joueurs du tournoi de tennis, Steve Mandanda et Jo-Wilfried Tsonga ont accepté d’évoquer et de comparer la façon dont ils vivent leur carrière et leur sport.
Le gymnase Curtel, posé dans une petite rue du Xe arrondissement de Marseille, à quelques centaines de mètres de l’hôpital de la Timone, a oublié depuis longtemps qu’il avait été neuf. Ça sent la sueur et les heures d’éducation physique sous les spots jaunâtres mais c’est bien là que l’Open13 a installé son court d’entraînement pour la semaine. Et c’est là que Jo-Wilfried Tsonga, tenant du titre, s’entraîne ce mardi matin, à la veille de son entrée en lice.
Rendez-vous a été fixé pour midi et quart avec Steve Mandanda, qui arrive à peine en retard depuis son domicile d’Aix-en-Provence. Le gardien de l’OM et le finaliste de l’Open d’Australie 2008 se connaissent depuis deux ans et partagent plus que des racines communes au(x) Congo(s). Autour d’un repas dans le salon des joueurs du tournoi de tennis, ils ont accepté d’évoquer et de comparer la façon dont ils vivent leur carrière et leur sport.
Qui a découvert l’autre le premier ?
Steve Mandanda: Je pense que c’est moi, après sa finale à l’Open d’Australie, en janvier 2008.
Jo-Wilfried Tsonga: Ah non, ça doit être moi parce que tu jouais déjà à ce moment là et que, à la maison, quand mon père entend des noms à consonance congolaise, il me le dit direct. Là, il m’avait dit : « Tiens, Mandanda… ça doit être du pays…. » En sachant qu’on avait un peu les mêmes origines, j’ai cherché un peu plus à te connaître. J’étais attentif quand tu parlais à la télé en interview. J’ai trouvé que tu avais un peu les mêmes valeurs que les miennes, j’ai trouvé ça cool.
Mandanda: Ensuite, il y a eu un gros buzz autour de toi au moment de ta finale à l’Open d’Australie et c’est vraiment là que je t’ai découvert… Je me souviens qu’on s’est rencontré ici même, au tournoi de Marseille, quelques semaines après. Et c’est vrai qu’on a à peu près les mêmes valeurs et que le courant est tout de suite bien passé. Depuis, je suis très attentivement ta carrière.
De quelles valeurs en commun parlez-vous ?
Tsonga: Tout simplement les origines, le parcours de vie, l’éducation aussi. Ça installe forcément un lien. On s’envoie des textos de temps en temps, on est content de se revoir, et voilà…
Steve, vous êtes né au Congo et y avez vécu jusqu’à l’âge deux ans tandis que vous, Jo, y êtes allé pour la première fois de votre vie il y a deux ans. Quels sont vos rapports avec le pays de vos racines ?
Mandanda: Je n’ai pas de souvenirs et je n’y suis encore jamais retourné, mais j’irai bientôt.
Tsonga: Mais au fait, toi, c’est le Congo Kinshasa (République Démocratique du Congo, ex-Zaïre), c’est ça ?
Mandanda: Oui.
Tsonga: C’est pas le même Congo (le père de Tsonga est originaire du Congo Brazzaville voisin), mais c’est à peu près les mêmes, sauf que chez eux, ils s’habillent flashy, c’est des stars (rires).
Mandanda: (pointant le sweat jaune fluo de Tsonga) Qui est flashy aujourd’hui ?
Tsonga: Enfin bon, dans la rue, tu les reconnais facilement ceux du Congo Kinshasa (re-rires). Quand je suis allé dans mon Congo (juste après sa finale de Melbourne), j’avais eu l’impression que j’étais chez moi, comme acclimaté aux odeurs, aux gens. Quelque part, j’ai vécu un peu dans cette culture, j’avais beaucoup de Congolais autour de moi, je n’avais donc pas été choqué.
Mandanda: Moi, c’est clair que je vais y retourner. J’ai forcément beaucoup de famille là-bas. Mes parents y vont souvent, j’ai pas mal d’informations sur le pays.
Et là-bas, vous êtes tous les deux considérés comme des héros nationaux ?
Mandanda: Héros, c’est un bien grand mot, mais je sais que je suis attendu là-bas.
Tsonga: Héros, ce n’est effectivement pas le bon mot. Je dirais plutôt que nous sommes des exemples.
Vous imagineriez vous investir ensemble pour lancer une académie de sport par exemple ?
Tsonga: On n’y a pas encore pensé avec Steve, mais justement, en ce moment, mon père est au Congo, on est en train de monter une association à Pointe Noire, qui s’appellera « Attrap’la balle » (1). C’est un projet qui me tient à cœur. Faire du bien, ça n’a pas de prix…
Quels sont vos rapports au sport de l’autre. Steve, le tennis ?
Mandanda: Je suivais un peu les tournois à la télé, mais je n’avais jamais tenu une raquette avant 2008. J’ai découvert le tennis lors la préparation de l’Euro avec l’équipe de France. A Tignes, avec les autres gardiens de l’équipe de France, on était allés taper la balle deux ou trois fois. Grégory Coupet et Sébastien Frey jouaient déjà très, très bien et moi c’était la première fois ! Je me suis retrouvé un peu comme un con au début, mais après c’est venu assez facilement. Depuis j’adore ce sport et je joue dès que je peux.
Tsonga: Toi, déjà, tu as l’œil pour analyser les trajectoires, pour l’anticipation, pour le placement…
Et Jo, le foot ? Ne vous étiez-vous pas décrit une fois comme une sorte de Didier Drogba du tennis ?…
Tsonga: Oui, j’ai dit ça. J’adore le foot. Mais j’ai vu Didier récemment et j’ai été surpris. Je pensais que c’était une montagne, le mec. A la télé, je le voyais grand, il en impose, il fait plus costaud que les autres. Et en fait, non, il n’est pas si grand (1,89m, 91 kg).
Mandanda: Ouais, bon, « pas si grand », t’exagères quand même... Il est vraiment très impressionnant.
Tsonga: D’accord, mais du coup, je l’imaginais plus grand que moi (1,88m, 91 kg). En tout cas, il a du style, il a l’expression aussi. Il sait partager quand il marque…
Qu’est-ce que vous enviez dans le sport de l’autre ?
Tsonga: Le fait de pouvoir rentrer à la maison tous les soirs ! On veut toujours ce qu’on n’a pas… Et puis aussi le côté « équipe ». Ça c’est vraiment sympa.
Mandanda: C’est vrai qu’aller en Australie chaque année, ça peut être sympa, mais bon, les tennismen n’y vont pas en vacances. De notre côté, quand on a un bon groupe, pour les déplacements, c’est vraiment bien. Le temps passe plus vite.
Tsonga: C’est vrai que lorsque je fais une tournée de trois semaines quelque part où il n’y a pas grand monde que je connais bien, ça peut vite devenir long de se retrouver un peu tout seul le soir !
Vous auriez aimé être gardien de foot, Jo ?
Tsonga: En tout cas, j’adorais jouer gardien. Pour moi, un bel arrêt, c’est comme marquer un but. C’est beaucoup de pression dans le jeu, gardien, quand même. En tout cas une grande responsabilité. Quand Steve intervient sur une balle facile et qu’il faut qu’il assure, ça revient un peu à une balle facile à gérer sur balle de break. Si tu te déchires, ça fait mal ! Moi, pour les gardiens, j’ai toujours peur de la motte de terre sur le ballon en retrait qui roule vers la cage…
Mandanda: Moi je ne pense jamais à ça, peut-être que parfois je suis trop facile, je prends trop mon temps, mais je n’y pense pas.
Tsonga: Oh la la la… moi, j’y pense à chaque fois !
Vous avez un autre point commun que les racines congolaises, celui d’avoir des petits frères doués pour le sport de haut niveau…
Tsonga: Sauf que mon frère a dû arrêter (Enzo Tsonga, 19 ans, était dans les meilleurs basketteurs de sa génération et appartenait au club du Mans, en Pro A). Il a eu des problèmes de dos, pires que moi. Une vertèbre fendue l’empêche de poursuivre le sport de haut niveau. Mais il s’est fait une raison. Il a reporté sa motivation sur ses études de commerce international. Il est surmotivé, c’est bien.
Mandanda: Mes trois frères sont gardiens de but comme moi. Un qui est joue à Beauvais en National. Le deuxième est au centre de formation à Caen et aussi en équipe de France moins de 17. Et le tout petit est encore à la maison, tranquille.
Jo, comment décririez-vous le gardien de but Steve Mandanda ?
Tsonga: Ses points forts, c’est qu’il peut être décisif en sortant une balle qu’un autre n’aurait pas pu sortir. Mais il a aussi des points faibles, je pense à la régularité. Il peut être à un niveau très élevé et parfois se retrouver en dessous. Je dis ça d’autant plus librement que j’ai le même problème d’irrégularité…Qu’est-ce que t’en dis Steve ?
Mandanda: Oui, on peut dire ça, surtout cette saison. C’est par période. Mon but est justement de réduire au maximum les « mauvaises » périodes. C’est un aspect mental à travailler.
Steve, le tennis de Jo ?
Mandanda: Je le trouve offensif, j’aime beaucoup quand il attaque et qu’on sent qu’il est bien dans le match. Ça se voit dans ses gestes. J’aime beaucoup son attitude en fait. Après, je ne suis pas assez pointu pour parler de ses défauts…
L’attitude sur le terrain est également essentielle pour un gardien, non ?
Mandanda: Ça joue dans l’esprit des autres. Quand je suis dans une bonne période, je ne refuse pas les duels, je vais intervenir sur les corners, les coups francs, ça se sent. J’essaye d’ailleurs de dégager toujours la même sérénité, la même prestance, même quand ça va un peu moins bien.
Tsonga: Mon défaut c’est justement que quand je suis moins en confiance, ça saute trop aux yeux.
Mandanda: C’est marrant ce que tu dis là, parce que moi, pour l’instant, c’est exactement pareil. Même quand je suis bien sur un match, il peut suffire d’un mauvais geste pour que ça rejaillisse sur mon attitude. Ensuite ça se voit sur moi. Il faut que j’arrive à passer plus vite à autre chose.
Tsonga: Ouais, dans ces cas là, on est moins agressif. Moi par exemple, je « gicle » moins sur la balle, je suis davantage sur les talons.
Steve, vous avez parfois reconnu avoir le défaut d’être paresseux. Ça reste d’actualité ?
Mandanda: Ça c’était au tout début en fait. J’ai choisi gardien de but parce que je pensais que c’était celui qui faisait le moins d’efforts. En match, c’est vrai ; mais à l’entraînement, c’est différent. Je me suis vite rendu compte qu’il y avait de grosses charges de travail.
Tsonga: J’ai sans doute été paresseux, moi aussi, au début, sur le respect des règles, l’alimentation, le sommeil par exemple. En fait j’ai un peu tous les vices. Avec l’âge tu te rends compte que tout n’est pas possible, qu’il faut définir ses propres règles pour arriver au haut niveau. Même si c’est une passion, c’est aussi un métier.
Propos recueillis par Julien Reboullet de L'Equipe Mag.
Retrouvez ici les photos de cette rencontre!
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